Aujourd’hui j’ai fait la rencontre de Charlotte EPLE. Cette jeune ornithologue de 26 ans travaille pour la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) en Champagne-Ardenne. Elle a accepté de revenir avec nous sur son métier et ses missions. À travers les actions de la LPO, elle nous aide à comprendre les grands enjeux autour de notre faune ainsi que les dangers auxquels doivent faire face les oiseaux français.

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Crédit : Charlotte EPLE

Son parcours et son métier

Son parcours

Passionnée par la nature depuis son enfance, Charlotte a toujours eu un attrait particulier pour les oiseaux. Elle enchaîne un BTS Gestion et Protection de la Nature (BTS GPN), une licence de biologie générale et un master en génie écologique. Pendant ses études, elle travaille comme bénévole puis stagiaire pour la LPO. Elle rejoint ensuite l’association en tant que salariée après y avoir réalisé son service civique. Cette jeune écologue occupe maintenant le poste de « chargée d’études naturalistes » pour cette belle association.

Ses missions

La LPO ou Ligue pour la Protection des Oiseaux est aujourd’hui la première association de protection de la nature en France. Elle œuvre au quotidien pour la protection des espèces, la préservation des espaces et pour l’éducation et la sensibilisation à l’environnement (cliquez ici pour en savoir plus).

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Crédit : Charlotte EPLE

Lors de mon entretien avec Charlotte, elle revenait d’un suivi de passereaux et attendait la tombée de la nuit pour réaliser celui d’une population de crapauds. Lors de ses études sur sites, elle écoute les oiseaux chanteurs, les identifie et délimite leur territoire. À cette période de l’année, les oiseaux chantent lorsqu’ils commencent à nicher (installer leur nid). Elle recense donc les espèces, le nombre d’individus présents et cartographie leur position.

En réalisant de tels suivis, Charlotte permet de rendre compte de la santé écologique des sites qu’elle visite et de leur évolution dans le temps (en comparant les données sur plusieurs années).

Le suivi qu’elle a réalisé plutôt dans la journée a eu lieu sur une gravière (carrière) où l’exploitant a accepté de consacrer une prairie pour le suivi des passereaux. Celui qui suivait notre appel s’intéressait également au suivi d’une gravière où les machines ont créé de petites dépressions dans le sol qui ont ensuite formé des mares. Une fois la nuit tombée, les crapauds, notamment le crapaud calamite qui est une espèce protégée, viennent y pondre. Identifier rapidement les mares utilisées par les crapauds permet d’aider les usagers à les éviter et à préserver les œufs.

Charlotte suit ainsi près d’une dizaine de sites différents. Il est également possible de baguer les oiseaux pour les suivre à plus grande échelle. Les données ornithologiques sont relayées à l’international grâce au Muséum National d’Histoire Naturelle. Faire l’inventaire des nicheurs au printemps ou des hivernants qui migrent sur notre territoire à l’automne est essentiel pour étudier les populations, suivre leur évolution… Mieux connaître leur biologie permet d’adapter la gestion des espaces et la protection des espèces.

Ses recommandations

Il est également possible, à notre échelle, d’agir pour les écosystèmes qui nous entourent.

Voici quelques recommandations faites par Charlotte pour interagir de manière plus positive avec la faune et la flore qui nous entourent :

Soigner sa « maladie de la tondeuse »

La tonte des pelouses et des gazons est bien souvent dommageable à la biodiversité qu’ils abritent. Si vous ne pouvez pas vous empêcher de tondre régulièrement, aménagez de petits endroits propices à l’installation de la faune. Des zones « refuges » non tondues (pour les insectes, les reptiles et les oiseaux), des tas de pierre sèches (pour les lézards, couleuvres et vipères – toutes inoffensives !!), des tas de branches (pour les hérissons) …

Limiter l’utilisation de produits chimique dans vos espaces verts

L’utilisation de produits désherbant a également des effets nocifs sur ceux qui nous entourent : en supprimant ou intoxicant les espèces végétales indésirables de votre jardin, vous touchez certains insectes qui s’en nourrissaient et vous empoisonnez à leur tour les oiseaux et les petits reptiles qui les consommaient. Ces substances contaminent également les sols et les nappes phréatiques dans lesquels elles restent pendant plusieurs années.   L’utilisation du « tue-limace » en est un bel exemple : les hérissons, en consommant les limaces empoisonnées, meurent eux aussi dans la souffrance. En écologie, supprimer le maillon d’une chaîne est toujours préjudiciable pour les autres !

Ne taillez pas vos arbres au printemps

La nidification commence au printemps et est à son apogée aux alentours d’avril-mai. Pendant cette période, les oiseaux installent leur nid et la ponte suit. En taillant vos arbres ou vos haies, vous allez détruire leur précieux nid, condamner leurs futures petits et mettre en danger leur survie. Il n’est pas non plus utile de les tailler en été, il n’y a aucun intérêt végétal pour l’arbre de se voir dépouiller de ses branches à cette période. Attendez l’automne !

Nourrir les oiseaux en hiver

Sur ce sujet, deux grandes visions s’opposent. La première soutient qu’il est préférable de ne pas nourrir les oiseaux en hiver pour ne pas leur faire perdre leurs réflexes « naturels ». La seconde, quant à elle, préfère donner un petit coup de pouce à ces espèces qui doivent survivre dans une nature qui n’est plus si naturelle que ça… Charlotte partage cet avis ! Nos pratiques évoluent trop vite pour que la nature puisse pleinement s’y adaptée, il n’y a pas de mal à aider nos petits amis à plumes lorsque l’hiver arrive.

Cependant attention, le nourrissage artificiel ne doit pas se poursuivre avec le retour des beaux jours (on se limite à la saison hivernale, qui met les oiseaux en grande difficulté alimentaire). L’été, préférez les coupelles d’eau fraîche pour qu’ils se désaltèrent ; changez l’eau le plus régulièrement possible (1 fois par jour) pour limiter le développement des bactéries et autres pathogènes qui pourraient leur être fatales.

Mettre à disposition des nichoirs

Que ce soit pour les oiseaux ou les reptiles, ces petits lieux de vie « sûrs » permettent de compenser la raréfaction de leurs habitats naturels. Les cavités naturelles dans lesquelles les oiseaux niches disparaissent. Les vieux arbres sont coupés, les anfractuosités des murs se font rares (les enduits et crépis recouvrent nos constructions modernes)… Vous pouvez également installer un hôtel à insectes (à fabriquer soi-même avec du bois non traité).

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Crédit : Charlotte EPLE

Laisser les arbres tranquilles

Les arbres, même morts ou dépérissant, représentent un vrai trésor de biodiversité. Ils attirent un cortège d’espèces précieuses, des insectes xylophages qui se nourrissent du bois aux oiseaux qui s’en nourrissent…

Préserver son terrain de la chasse

Les démarches peuvent être longues mais sont néanmoins payantes. Si vous possédez un terrain sur lequel la chasse est autorisée, vous pouvez demander de l’interdire sur votre parcelle. Les démarches détaillées sont disponibles ici et la LPO vous explique comment procéder ici.

Prendre soin des animaux blessés

Il arrive de se retrouver face à un animal sauvage blessé, un oiseau avec une aile cassée ou un hérisson qui vous parait en difficulté. Tous ces animaux ont besoin de soin et les garder chez vous pour les nourrir et vous en occuper causera surement plus de mal que de bien ! Ne vous improvisez pas vétérinaire et amenez-les dès que possible dans un centre de soin pour animaux sauvages (vous trouverez ici la carte pour les retrouver).

 

L’importance de la sensibilisation

Sensibiliser est, en soi, une action en faveur de la biodiversité. En effet, l’un des grands facteurs qui poussent aujourd’hui les français à commettre des dommages environnementaux reste les « on dit ». Même les usagers du territoire, qui travaillent donc directement avec le milieu naturel qui les entoure, sont souvent mal informés.

Les agriculteurs et les chasseurs

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Crédit : Charlotte EPLE

C’est le cas notamment des agriculteurs (souvent chasseurs) qui pensent que les rapaces s’attaquent aux perdrix, lièvres, lapins… Ce qui est faux ! La Buse variable est une opportuniste et elle préfère attendre et manger les victimes de la route. Le busard cendré est, lui, trop frêle pour s’attaquer au « gibier » et préfère les campagnols, musaraignes et sauterelles vertes. Ce qui en fait un véritable allié des agriculteurs ! Leur grande méconnaissance de la biologie de nos rapaces français les pousse à les tuer pour préserver leur gibier.

L’agriculture joue un rôle crucial dans la sauvegarde de la biodiversité ! Sans les éleveurs par exemple, il n’y aurait que très peu de prairies… Ces prairies sont d’excellents milieux, d’autant plus lorsqu’elles sont entourées de haies ! Ces deux composantes du paysage constituent des corridors par lesquels les espèces circulent. Sans les prairies, de nombreux animaux comme les oiseaux, les reptiles, insectes … seraient menacés ! L’élevage permet de sauvegarder une partie de la biodiversité française.

On peut aussi citer l’exemple des chasseurs qui nourrissent les sangliers pour les « concentrer » dans certaines zones afin de mieux gérer leur population. Cette « technique » permettrait également, soi-disant, d’éviter les dégâts aux cultures et routiers. Cette croyance populaire est scientifiquement infondée car le fait de nourrir les sangliers stimule biologiquement leur fertilité à tel point que leur population croît. Le simple fait de les nourrir entraine donc une surpopulation totalement hors de contrôle qui cause de nombreux dommages.

Le grand public

Il est également important d’informer plus largement sur les interactions écologiques entre les espèces, la faune et la flore… Charlotte m’a joliment illustré ceci grâce aux papillons. Certaines espèces sont inféodées à des fleurs particulières sans lesquelles ils ne peuvent se reproduire. L’Écaille du Sénéçon (Tyria jacobaeae) ne pond que sur certaines variétés du Séneçon (Séneçon de Jacob ou Séneçon à feuilles de roquettes) et l’Aurore (Anthocharis cardamines) sur le Cardamine des prés. Ces plantes communes doivent être protégées pour permettre la survie de ces belles petites bêtes !papillon aurore

Actuellement, sur les 280 espèces d’oiseaux nicheurs qui composent notre faune française. Les passereaux (mésanges, rouge-gorges, corneilles…), les limicoles (échasses, barges), les rapaces… plus d’1/3 est menacé. Toutes les espèces, qu’elles soient associées au milieu agricole, forestier ou bâti, sont donc sur le déclin. Nous devons repenser notre façon de se partager le territoire car nous ne sommes pas seuls à l’occuper. Il faut en prendre conscience et agir en conséquence.

Son oiseau préféré

De tous les oiseaux qu’elle a suivis et étudiés, il y en a un qui a particulièrement marqué Charlotte. Il s’agit du Gravelot à collier interrompu (Charadrius alexandrinus).

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Crédit : Charlotte EPLE

Cette espèce niche sur nos plages à même le sable et pond ces œufs mimétiques dans des petites cuvettes rudimentaires. Les Gravelots sont victimes de l’anthropisation de leur milieu de vie. En effet, le tourisme côtier, les baigneurs, promeneurs, surfeurs… piétinent sans le savoir leurs précieux nids. Les municipalités refusent de fermer leurs plages ou d’en protéger une partie pour des raisons presque exclusivement économiques. De plus, elles font nettoyer et dénaturent les plages les plus touristiques pour les faire paraître plus « propres ». La « laisse de mer » est systématiquement retirée pour des raisons esthétiques. Ce dépôt d’algues et de coquillages laissés naturellement par la marée contient pourtant de précieux microorganismes. Ces derniers sont la source d’alimentation exclusive du Gravelot.

gravelot

Crédit : Charlotte EPLE

Ce dernier exemple nous prouve une nouvelle fois qu’il faut repenser notre façon d’occuper l’espace dans lequel nous vivons ! Toutes les entités vivantes qui le composent doivent être respectées.

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